Sylvie
Tolmont


Députée de la Sarthe
4e circonscription


25 juillet 2019

D. Boutonnat nommé à la tête du CNC : renvoi d’ascenseur de la Macronie envers un donateur de campagne

Nommé par le Président de la République en Conseil des ministres le 24 juillet dernier, Dominique Boutonnat est donc le nouveau président du Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC). Grand argentier d’En Marche lors de la campagne présidentielle 2017 et auteur d’un rapport très critiqué par les professionnels du cinéma, ce chantre libéral du financement privé risque de mettre en danger l’exception culturelle française. 

Le 12 juillet dernier, Madame Frédérique Bredin quittait son poste de présidente du CNC à la suite de l’expiration de son mandat. Alors que notre régulation a permis à la France de se hisser parmi les toutes premières cinématographies au monde, créant une valeur symbolique, culturelle et économique inestimable, nombreux sont ceux, parmi les professionnels du secteur, qui s’inquiètent pour la pérennité de ce modèle. 

Dans une tribune publiée le 11 juillet 2019 par la rédaction du « Film Français », 70 cinéastes avait fait part de leurs inquiétudes face à la volonté du président de la République de nommer Dominique Boutonnat, auteur d’un rapport menaçant l’architecture du cinéma français, à la tête du CNC.  

Pour rappel, ce rapport avait déjà suscité une levée de bouclier de la quasi-totalité du monde du cinéma à quelques jours du Festival de Cannes et une autre tribune signée par 11 organisations professionnelles et 800 représentants de la filière indépendante était publiée dans Le Monde le 3 juillet dernier. 

Symbole de la perniciosité dont fait preuve Emmanuel Macron, sa volonté de placer aux commandes du CNC un grand argentier de sa campagne présidentielle de 2017 est tout à fait malvenue puisqu’elle relève du conflit d’intérêts manifeste. En effet, en guise de récompense pour ses bons et loyaux services au profit du président, Dominique Boutonnat avait obtenu, en octobre 2018, l’agrément de Ciné Axe, Société de Financement de l’Industrie Cinématographique et de l’Audiovisuel (SOFICA) dont il est le co-fondateur et président. Chargé par Françoise Nyssen, ministre de la Culture de l’époque, de la rédaction d’un rapport sur “le financement privé de la production et de la distribution audiovisuelles”, il y préconise, entre autres, de “maintenir et améliorer le dispositif des Sofica” en simplifiant leur encadrement juridique… La République des copains semble se comporter à merveille. 

Par ailleurs, cette nomination est particulièrement dangereuse pour l’avenir de notre cinéma puisque l’action publique en la matière va donc être confiée à une personne qui, dans le rapport précité, en recommande le démantèlement. 

Enfin, par cette décision unilatérale, M. Macron prend le parti de ne pas demander l’avis de la commission des Affaires culturelles et de l’Education de l’Assemblée nationale alors même que deux députées issues de sa majorité, Aurore Bergé et Marie-Ange Magne, préconisaient, chacune dans leur rapport respectif, de soumettre cette nomination à la procédure prévue à l’alinéa 5 de l’article 13 de la Constitution.  

Comme toute organisation, le CNC a besoin d’être adapté aux évolutions de son secteur, je pense notamment à l’intégration des nouveaux acteurs dans l’écosystème de financement de la création. Pour autant, comme le souligne la Société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs (ARP) dans un communiqué en date du 12 juillet, le modèle français en matière de cinéma n’est pas malade, il est même envié par beaucoup d’autres pays et il devient insupportable que ce modèle soit systématiquement attaqué et vilipendé. Veillons donc à ne pas le sacrifier sur l’autel du libéralisme et de la rentabilité, doctrines d’ailleurs antinomiques avec la notion même de Culture. 

De toute évidence, le Président de la République ne semble pas considérer la politique culturelle de notre pays comme essentielle et fondamentale. A la veille d’un projet de loi de réforme de l’audiovisuel dont les contours semblent bien davantage financiers que culturels et alors que le ministère de la Culture vient de fêter ses 60 ans, cette nomination est plus qu’inquiétante et symbolise l’inverse de ce qui est nécessaire au maintien de l’exception culturelle française.


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