Sylvie
Tolmont


Députée de la Sarthe
4e circonscription


17 janvier 2020

Instauration des nouvelles épreuves communes de contrôle continu – E3C

À quelques jours de l’inauguration des nouvelles « épreuves communes de contrôle continu » (ou E3C), je souhaite m’associer aux craintes et aux préoccupations exprimées par les équipes éducatives, les personnels administratifs, les parents d’élèves ainsi que par les lycéens, lesquels dénoncent une application précipitée, à marche forcée, particulièrement anxiogène. 

En effet, s’inscrivant dans un contexte social déjà particulièrement délabrée, le début de ces épreuves crispe les tensions pour des raisons organisationnelles, mais génère aussi, plus fondamentalement, de fortes craintes sur le devenir de cette épreuve symbolique que constitue le baccalauréat, lequel est perçue par beaucoup comme le dernier rite de passage de nos sociétés modernes.

De manière tout à fait pragmatique, ces épreuves sont viciées par leur caractère précipité. Il faut dire que l’ouverture de la banque nationale de sujets, laquelle devait intervenir le 1er décembre, ce qui était déjà une date extrêmement tardive pour organiser un tel déploiement de moyens, a finalement été reportée au 9 décembre.

C’est pourquoi, le 10 janvier dernier, ce n’est pas moins de douze syndicats enseignants, réunis en intersyndicale, qui ont réclamé l’annulation de ces épreuves déclarant qu’à l’heure actuelle « rien n’est prêt ».

Les enseignants dénoncent des erreurs de forme et de fond dans les énoncés des sujets ainsi que des exercices et des grilles d’évaluations inadaptées par rapport au niveau des élèves et à l’état d’avancement du programme.

Les équipes de vie scolaire et les personnels administratifs, quant à eux, doivent faire face à l’organisation de ces épreuves dans des délais intenables, ce qui empêche, en pratique, le respect des exigences requises pour un examen national. Ils sont, de plus, soumis à un surcroit de travail par l’instauration d’une numérisation des copies.

Les lycéens, lesquels sont nombreux à réaliser qu’ils constituent une génération de « cobayes » pour cette réforme délétère, sont également soumis à un stress extrême et inacceptable.

Ils ignorent l’étendue des matières à réviser, les modalités d’interrogation et, en vérité, ignorent même, dans la configuration actuelle, si les épreuves auront effectivement lieu. Ils sont ainsi obligés de « bachoter » sans pouvoir réellement s’approprier le contenu de leurs cours ni exercer leur esprit critique, ce qui était annoncé par le Ministre de l’Éducation Nationale par l’introduction d’un tel contrôle continu.

Face à la mobilisation naissante et l’appel au boycott de ces épreuves, ce dernier a déclaré le mercredi 8 janvier, au Sénat, que « tout désordre » dans la tenue de ces épreuves serait « nuisible aux élèves ».  Quel aveuglement sur la responsabilité propre du gouvernement dans l’engendrement des problèmes et dans sa capacité de nuisance !

Mais, au-delà des considérations organisationnelles, ces épreuves trahissent également un désaveu des principes et des missions de l’Éducation nationale en termes d’égalité des élèves, d’apprentissage apaisé des matières et, au final, d’ascension sociale.

En effet, la précipitation de la mise en place de ces épreuves va conduire à des inégalités dans les conditions de passage et, notamment, en fonction des établissements scolaires avec un disparité certaine quant à la difficulté des sujets, ce qui remet directement en cause l’universalité du diplôme du bac, et donc, la valeur qui peut lui être reconnu.

Les élèves doivent être placés dans de bonnes conditions pour acquérir les connaissances fondamentales, énoncé qui apparaît de bon sens mais qui est pourtant remis en cause par une stricte et stérile logique d’évaluation.

Loin d’assurer la possibilité pour chacun d’apprendre et de s’épanouir, de telles modalités d’examen accentueront les inégalités sociales en favorisant, par exemple, les élèves pouvant bénéficier d’un soutien scolaire privé.

C’est pourquoi j’apporte tout mon soutien à l’ensemble des enseignants, des personnels administratifs, des parents d’élèves et des élèves et appelle le Ministre à annuler ces examens.

 


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