Sylvie
Tolmont


Députée de la Sarthe
4e circonscription


06 avril 2020

Pénurie de masques : atermoiements coupables au sommet de l’État

Empêtré depuis plusieurs semaines du fait de sa gestion pour le moins confuse, le gouvernement ne cesse de communiquer pour démontrer sa proactivité et tenter de rassurer les Français. Le déplacement du président de la République dans une usine de fabrication de masques chirurgicaux, le 31 mars dernier, en atteste. Cela s’avère toutefois insuffisant pour occulter le manque d’anticipation et de bonne foi dont l’exécutif a fait l’objet depuis le début de l’épidémie.

Voilà plusieurs semaines que le Covid-19 est arrivé sur le territoire hexagonal et que nous sommes confinés en conséquence pour nous protéger collectivement. Si cette stratégie est parfaitement adéquate afin de ralentir la propagation du virus, elle ne dispense pas de mettre en œuvre toute autre technique efficace, comme celle du port du masque généralisé.

Cependant, nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation où même les professionnels de santé, en première ligne face à l’épidémie, peinent à s’en procurer pour se protéger eux-mêmes, mais aussi leurs patients et leurs proches.

Cette triste conjoncture est notamment due aux tâtonnements et à la mauvaise foi du gouvernement, dont je tiens ici à dénoncer les méfaits.

Le 26 janvier dernier, alors que nous n’en étions qu’aux prémices de l’épidémie en France, Agnès Buzyn (toujours ministre de la Santé à l’époque) se veut rassurante : « Des dizaines de millions de masques sont en stock, en cas d’urgence », « tout cela est parfaitement géré par les autorités ». « Et si un jour il fallait porter un masque, nous distribuerions le masque, il n’y a absolument aucune raison d’aller en acheter. »

Le lendemain, Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, souligne lors d’un point-presse que « le port du masque est recommandé pour les personnes malades […] et pour les soignants lorsqu’il y a des gestes à risques ». Une méthodologie qui prévalait d’ailleurs en Chine.

Pourtant, comme l’ont confirmé plusieurs alertes internes depuis, les stocks d’État de masques chirurgicaux et de masques FFP2 étaient au plus bas. Dès lors, ces réserves auraient dû être réapprovisionnés, et ce par tous les moyens. Le ministère a cependant décidé d’en commander une quantité bien insuffisante.

Prenant probablement conscience de cette erreur stratégique et de la catastrophe qui s’annonçait, l’exécutif a pris la décision de créer, début mars, une cellule interministérielle dédiée à l’achat de masques. Malheureusement, celle-ci ne put en obtenir que 40 millions, soit l’équivalent d’une semaine de consommation au rythme contraint actuel.

C’est alors que Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, commença à articuler la communication du gouvernement sur l’idée qu’il n’existait aucune pénurie mais que le port du masque était inutile et que son utilisation relevait de « gestes techniques » (sic).

Des propos renouvelaient le 19 mars : « Les Français ne pourront pas acheter de masque dans les pharmacies parce que ce n’est pas nécessaire quand on n’est pas malade ».

Ce n’est que deux jours plus tard que l’exécutif, par l’intermédiaire d’Olivier Véran, ministre de la Santé, commencera à reconnaître ses errements : « C’est parce que nous avons dès le début considéré que la disponibilité en masques allait être une difficulté, qu’il a été décidé, dès le mois de janvier, de recourir à l’importation de masques, avant même l’apparition de premiers cas sur notre territoire national. ».

Le constat d’un manque criant de préparation et de précaution est ainsi indirectement entériné par le ministre de la Santé lorsque, le 28 mars, celui-ci annonce la commande de « plus d’un milliard de masques » à la Chine.

Dès lors, après de deux mois de faux arguments sur son inutilité, le gouvernement nous prépare au port généralisé du masque en vue du déconfinement : une « réévaluation » de la doctrine pour équiper l’ensemble de la population a d’ailleurs été évoquée le 4 avril dernier par Olivier Véran.

Un avis partagé par l’Académie de médecine qui avait indiqué la veille qu’un masque « grand public » ou « alternatif » aux masques médicaux devrait être rendu obligatoire pour les sorties pendant la période de confinement et lors de sa levée.

En conclusion, une fois cette période maussade terminée, toute la lumière devra être faite quant aux diverses responsabilités et une révision complète de la doctrine de gestion des stocks d’État s’avérera indispensable.


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