Sylvie
Tolmont


Députée de la Sarthe
4e circonscription


03 février 2021

Audiovisuel public : Des contrats d’objectifs et de moyens qui ne sont pas à la hauteur des enjeux

À l’occasion de l’audition des présidentes et présidents des sociétés de l’audiovisuel public par la commission des Affaires culturelles et de l’Éducation, je suis intervenue pour souligner le manque de perspectives de leurs Contrats d’Objectifs et de Moyens (COM) pour l’après 2022 et mettre en évidence l’insuffisance des moyens alloués afin de répondre aux défis du secteur.

  • Baisse de 0,5M€ du budget de France Médias Monde
  • Baisse de 2M€ du budget de Arte France
  • Baisse de 60M€ du budget de France TV
  • Baisse de 8M€ du budget de Radio France

Si certains y voient une juste rationalisation des besoins, nous sommes pour notre part opposés à cette spirale qui est en contradiction totale avec les objectifs ambitieux présentés dans ces COM : faire toujours plus avec moins.

En outre, je n’ai malheureusement pas pu, dans le temps qui m’était imparti, évoquer la suppression du plafonnement des recettes publicitaires de Radio France, à laquelle je m’oppose.

Jusqu’ici fixé à 42M€, ce plafond avait pour objectif de préserver les équilibres concurrentiels sur le marché publicitaire.

Sa suppression inquiète légitimement les radios privées, qui vivent exclusivement de revenus publicitaires et sont déjà dans une situation financière on ne peut plus précaire, du fait de la crise sanitaire notamment.

Le désengagement de l’État, induit par cette volonté de supprimer le plafond de recettes jusqu’ici en vigueur, ne doit pas se faire au détriment des acteurs privés, lesquels sont tout aussi essentiels au lien social si nécessaire en cette période troublée.

Script de mon intervention :

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Présidentes et Présidents,

Mes chers collègues,

Je voudrais, tout d’abord, au nom de mon groupe, saluer les équipes des médias que nous recevons aujourd’hui, saluer votre remarquable travail au quotidien afin de faire vivre la culture , l’information et le divertissement dans notre pays, saluer les très bons résultats portés par l’investissement de vos équipes.

Cependant, les COM qui nous sont présentés et qui dessinent votre feuille de route pour une période de 3 ans, 2018/2021, même s’il recevaient un avis positif de la rapporteure et de la commission, ne fixent finalement qu’un horizon de quelques mois, et ne dessinent, sous prétexte d’échéances électorales à venir, aucune perspective pour l’après 2022.

Pourtant, mesdames et messieurs les présidents, la crise sanitaire et les orientations budgétaires du Gouvernement ne vous ont pas épargné :

  • France média monde voit son budget baisser de 0,5M€ pour atteindre 254M€ bien loin de la BBC World avec ses 373M€…
  • Arte a vu son budget baisser de 2M€ au PLF 2021 et risque de voir s’épuiser un fonds de réserve
  • FTV a vu sa dotation baisser de près de 60 millions d’€ alors qu’elle a été d’une manière générale et spécifiquement grâce à FR4 un instrument de soutien pédagogique durant la crise sanitaire
  • Radio France doit subir 8 millions d’€ de baisse de budget alors que les personnels dénoncent depuis plusieurs années la baisse des effectifs du groupe malgré ses très bons résultats….

Seule l’INA aura bénéficié d’une meilleure dotation soumise néanmoins à des efforts financiers supplémentaires. Cependant, son rôle de pôle de formation pour les 15 000 personnels de l’audiovisuel public n’est toujours pas acté et nous le regrettons.

C’est donc une trajectoire à la baisse de 190 M prévue dans les ressources de l’audiovisuel public, affectant essentiellement la masse salariale alors que l’audiovisuel est une industrie de main d’œuvre et que le déploiement numérique n’a de sens que s’il sert des objectifs de qualité, de proximité, de rayonnement de la culture, d’une information indépendante capable de mobiliser de nouveaux publics.

Si certains y voient une juste rationalisation des besoins, nous sommes pour notre part opposés à cette spirale qui est en contradiction avec les objectifs ambitieux présentés dans ce COM : faire toujours plus avec moins.

Car, en l’absence de proposition sur la réforme de la Contribution de Audiovisuel Public, nous sommes toujours dans l’incertitude quant à la mobilisation des ressources nécessaires au développement du service public et cela pose la question de la place de la publicité dans la construction des budgets . La libéralisation du plafond ,outre le fait qu’elle inquiète à juste titre les opérateurs privés, risque d’être prejudiciable à la diversité de l’offre et des publics et de renforcer une dépendance accrue à la dictature de l’audience, quelquefois au détriment de propositions novatrices et des objectifs de soutien à une production artistique audacieuse.

Les défis sont donc immenses pour votre secteur : ces COM vous en donnent-ils les moyens ?

Je vous remercie.


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