Sylvie
Tolmont


Députée de la Sarthe
4e circonscription


29 novembre 2021

Contre le désintérêt politique des jeunes, renforçons l’éducation à la démocratie à l’école

Je suis signataire de cette tribune initiée par l’association Projet Democratia, laquelle entend lutter contre le désintérêt politique des jeunes en réformant l’éducation civique et morale à l’école.

Pour ce faire, trois axes :

  1. Augmenter le nombre d’heures d’enseignement civique et moral ;
  2. Développement, dans le cadre de l’enseignement précité, d’un projet citoyen en partenariat avec des associations et acteurs de la vie locale ;
  3. Rendre obligatoire la visite de classes par les élus locaux (maires, parlementaires, conseillers départementaux et régionaux, etc.).

Texte de la tribune :

En 2018, une enquête du Centre National d’Etude des Systèmes Scolaires (CNESCO) révélait que 37 % des élèves de Terminale ne se sentaient pas capables de participer à la vie politique. Un triste constat, qui résonne avec le taux de participation historiquement bas des 18-25 ans aux dernières élections régionales et départementales, puisque 82% d’entre eux ne se sont pas présentés devant les urnes. Si les raisons de ce désengagement inédit sont indéniablement multiples, la question de la sensibilisation à l’engagement citoyen et politique dans le cadre scolaire demeure centrale.

Pourtant, suite aux attentats de Charlie Hebdo, un mouvement fédérateur s’était enclenché. Au lendemain des marches républicaines ayant rassemblé plus de quatre millions de personnes, l’Éducation Morale et Civique (EMC) devient un enseignement à part entière. Le programme est publié au journal officiel de l’éducation nationale, lui conférant ainsi la légitimité qu’il mérite.

Désormais, cet enseignement sera proposé dans tous les établissements secondaires, quelle que soit la filière, avec un objectif clair : former les futurs citoyens à être actifs dans le débat public tout en cultivant leur sentiment d’appartenance à la République et leur sens du devoir démocratique.

Six ans plus tard, les objectifs d’une réforme ambitieuse n’ont pas été atteints. Malgré les efforts consentis, l’EMC reste une matière marginale : lorsqu’un retard sur les autres programmes s’est accumulé, elle se retrouve souvent reléguée au second plan. Il en découle un désintérêt pour cet enseignement de la part des élèves qui négligent, malgré eux, ce qui constitue la première prise de conscience de leur place dans la vie démocratique française. Pourtant, le programme de l’EMC étant ambitieux, il est nécessaire de fournir au corps professoral les outils lui permettant de l’aborder dans sa globalité et de traiter des sujets pouvant parfois s’avérer sensibles.

A l’image de la prise de conscience provoquée par les attentats en 2015, la croissance exponentielle de l’abstentionnisme chez les jeunes doit alarmer. L’éducation morale et civique, première porte d’entrée pour les élèves français sur les codes et valeurs démocratiques de notre pays, doit retrouver une vraie légitimité. Cela passera avant toutes choses par un renforcement de l’accompagnement des professeurs mais également par une sensibilisation accrue des élèves à l’importance capitale de cette matière.

Notre appel n’a pas vocation de déconstruire un programme pensé pour l’éveil citoyen de la jeunesse. Au contraire, il est aujourd’hui essentiel de redonner conscience aux jeunes, à travers les valeurs de citoyenneté et d’engagement républicain véhiculées par cet enseignement, de l’importance du vote afin de lutter contre ce phénomène grandissant d’abstention.

A l’ère où les jeunes populations sont de plus en plus soumises à des flux incontrôlables d’informations dont la véracité peut parfois être remise en question, l’heure n’est pas venue de reléguer au second rang le devoir de formation des citoyens. Certes, une action en faveur du renforcement de l’enseignement de l’Éducation Morale et Civique ne viendra pas seule résoudre la question du désengagement politique des plus jeunes, mais elle permettra de construire dans un cadre collectif, laïc et bienveillant, un premier socle solide permettant d’impulser un mouvement de sensibilisation de plus grande ampleur.

Dans cet objectif, nous avançons plusieurs pistes de réflexion afin de redynamiser l’enseignement de l’Éducation morale et civique et de faire en sorte que cet enseignement ait un véritable impact sur les jeunes :

Augmentation du nombre d’heures allouées

Le programme de la matière est suffisamment large et complet. Néanmoins, il s’appuie davantage sur des notions théoriques donc l’augmentation du nombre d’heures permettra de laisser plus de temps à la pratique.

Développement d’un projet citoyen

Veillant à ajouter plus de pratique, nous proposons d’introduire dans le programme de cet enseignement la création d’un projet citoyen par les élèves en partenariat avec des associations et acteurs de la vie locale.

Rendre obligatoire la visite de classes par les élus locaux

Nous proposons, dans le cadre de ce projet citoyen, de systématiser l’intervention des parlementaires, élus locaux, Maires, Conseillers départementaux et régionaux dans les collèges et lycées. Ces interventions sont généralement très concrètes et marquent les élèves en leur permettant de comprendre leurs missions et leur utilité. Pour toutes ces raisons, il est urgent de remettre la participation démocratique au cœur des valeurs véhiculées par l’école en conférant à l’Éducation Civique et Morale les moyens des ambitions qui ont motivé la création de cet enseignement. Car à travers la question de cet enseignement, c’est toute la question de l’éducation politique de nos jeunes qui se pose.

Lire la tribune sur LeMonde.fr


Partager sur Twitter Partager sur facebook