Sylvie
Tolmont


Députée de la Sarthe
4e circonscription


11 mars 2022

En supprimant la redevance TV, le Président-candidat poursuit sa volonté d’affaiblir le service public

Le président de la République a annoncé son intention de supprimer la contribution audiovisuelle lors de son premier meeting de campagne à Poissy lundi 7 mars dernier.

En faisant cette annonce le Président nourrit les discours populistes contre une contribution qui est pourtant indispensable à nos institutions démocratiques.

À cet égard, je ne peux pas partager le satisfecit du ministre délégué au Budget dans les médias concernant la trajectoire économique imposée par le Gouvernement aux chaines de télévision et radios publiques.

En effet, depuis la loi de finances de 2018, le budget de l’audiovisuel public qui comprend France Télévisions, Arte, Radio France, France Médias Monde et TV5 Monde a été baissé de 190 millions d’euros.

Cette austérité budgétaire s’est accompagnée de la suppression de la part affectée à France télévisions de la taxe sur les opérateurs de communication électronique (TOCE), soit une diminution supplémentaire de 85,5 millions d’euros.

Ce recul significatif des ressources de l’audiovisuel public est incompréhensible au regard du contexte dans lequel évolue le secteur dans notre pays, au niveau européen et international

Un contexte très concurrentiel dans lequel les plateformes américaines occupent une place majeure disposant de budgets d’investissements très conséquents ; par le projet de fusion des chaines privées TF1 et M6 et les risques monopolistiques associés et, enfin, par l’accroissement de la diffusion des fausses nouvelles et risques d’ingérences sur l’information dans notre pays.

Aux côtés des Députés socialistes et apparentés de la commission des Affaires culturelles et de l’Éducation, j’ai systématiquement défendu le maintien et l’augmentation des budgets de l’audiovisuel public afin de garantir la qualité du service, qualité justement reconnue unanimement par les rapports successifs et les Français, notamment pendant la crise sanitaire.

J’ai également formulé, en vain, et à plusieurs reprises, l’urgence d’avoir un débat concernant la redevance télé lors de la suppression de la taxe d’habitation qui, pour rappel, lui est couplée.

Je crains déjà que cette suppression ne serve d’alibi à des projets de ce type qui sous couvert de « moderniser » le financement du service public ne vienne l’affaiblir.

Car, en supprimant la redevance télé, le monde de l’audiovisuel public n’aurait donc plus de financements qui garantissent l’indépendance de ce service public puisque son versement serait soumis à d’éventuels arbitrages politiques.

Le débat sur les missions, le périmètre, la gouvernance du service public qui devait avoir lieu à l’occasion de la « grande loi » sur l’audiovisuel public promise en début de quinquennat par Emmanuel Macron n’a jamais eu lieu.

Je souligne également que cette contribution n’est pas une fantaisie française puisque 13 pays européens ont un système similaire et que le montant de notre contribution est largement inférieur à l’Allemagne, l’Irlande ou encore la Slovénie par exemple. Enfin, des dispositifs d’exonération sont applicables aux foyers les plus modestes de notre pays.

Le financement par la redevance mérite à l’évidence que l’on prenne en compte les nouveaux usages liés à la diversification des supports audiovisuels, nous le savons le poste de télévision n’est plus le seul appareil nous permettant de recevoir les contenus de plus en plus nombreux et variés qui nous sont accessibles, il tend même à disparaitre du paysage, il faut donc réfléchir à de nouvelles règles.

Pour autant, ces contenus continuent à occuper une place prépondérante dans notre quotidien, et nous ne pouvons pas renoncer à garantir l’indépendance de notre audiovisuel public.

Là où nous attendions un large débat, nous sommes une fois encore face à des annonces au caractère démagogique, loin de la réflexion nécessaire que nécessite les véritables réformes.


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